Après un court stop à Osaka et son agitation incessante, le train m'entraine vers la montagne. Les cimes pointent sur les sommets tandis que nous roulons à toute vitesse au bord du précipice. Les rails, à peine moins larges que l’arête sur laquelle nous roulons, ne laissent que rarement place aux croisements. Le wagon descendant doit attendre son tour.
Changement de voiture obligatoire pour continuer l'ascension. Surement une histoire de poids. Nous laissons derrière nous la moitié du train -j'ai failli y laisser mon sac-
Deuxième changement. Cette fois pour le funiculaire. Remontée impressionnante, quasi à la verticale dans les bois. Petit clin d'oeil pour les francophones, la voix off du funiculaire passe son message aussi en français ^^

Dans les
oreilles

Joe Hisaishi – Princess Mononoke (Original Soundtrack) – Evening At The Ironworks

Je dépose mon sac au temple où je dormirai le soir. Quasiment seule avec les moines qui tiennent le lieu, le temps semble prendre un rythme différent. 

Magie. Premier bain japonais ! Seule dans la pièce embuée je découvre les étapes à respecter. Bien se laver avant, assis sur son petit tabouret en plastique. Se rincer. Ranger son tabouret et : extase, se glisser dans l’eau chaude en solitaire.

Mon dîner sera servi dans ma chambre. On se croirait plus à l'hôtel qu'au temple ( en y repensant c'est sûrement pour ne pas convier de femmes à la table des hommes de foi ).

 

Toujours autant de nourriture molle et étrange. Curieusement c’est beaucoup plus appétissant que ça en a l’air et ouvrir tous ses petits pots surprises est un jeu en soit.

Je lutterai par contre avec le "radiateur". Impossible de me faire comprendre auprès des moines pour juste l'éteindre et toute la notice est en hiragana ( un des alphabets japonais ). Tant pis, je dormirais la fenêtre ouverte sinon je vais cuire - sans parler de l'odeur d'essence dans la chambre..... est-ce bien normal ? Croisons les doigts pour que ça ne mette pas le feu pendant la nuit.

Rien n'a explosé, j'aurais dû faire confiance à mes porte-bonheur achetés en chemin ^^

Réveil à 6h30. Le temps de ranger mon futon, je monte rejoindre la cérémonie du matin. Chants et encens. Il y a quelque chose de moins humain que ma précédente expérience, de plus cérémonieux. Les dorures et les broderies sur les robes surement, une sorte de richesse plus froide. Les voix montent et se rejoignent. Frissons.
Les bonzes nous quittent là. Nous aurons toutefois droit à l'explication des lieux par l'un d'eux et une visite de l’alcôve la plus sacrée. Bouddha revêt encore un nouveau visage.

Le petit déjeuner m'attend dans ma chambre. Triste tout de même de ne pouvoir partager le repas. J'entends des éclats de rire de l'autre côté des murs de papier.
Après cette matinée d'encens et d'algues, je reprends mon chargement.

Entrée principale du temple Kongōbu, centre du complexe de temple Danjōgaran et coeur de Koyasan

Si tu dois te représenter Koyasan imagine des temples à n'en plus finir, des jardins zen et des feuilles rouges à l'automne. Le complexe de temples est un site classé au patrimoine japonais et un point fort du pèlerinage bouddhiste. Prépare toi à un voyage sur plusieurs plans ^^.
Et si tu es féru de souvenir, il y a à chaque visite, des tampons et des calligraphies à "collectionner" en rajoutant quelques yens au prix de l’entrée 😀 

Le plus simple pour profiter de la ville est de la parcourir à pied ou en bus.

Le Bus Pass journée coûte 830 yen, environ 6,50 euros.

De même, afin de profiter pleinement du site il existe un "Combinaison Ticket" regroupant quasiment tous les temples. Il coute 1500 yen, environ 11,70 euros. Il inclut : le Kongobuji, la pagode du hall principal du Daito Garan, le Reihokan Museum et le mausolée Tokugawa. Il permet aussi de participer au service du Jukai au Daishi Kyokai. Ce ticket est disponible à l'office du tourisme de Koyasan et peut être utilisé sur plusieurs jours.

A découvrir :

  • Musée des trésors Rehōkan - entrée 600 yens
  • Kongobuji, le jardin zen et ses paravents - entrée 500 yens ( le jardin de pierres et de sable nommé Banruy-tei est le plus grand du pays )
  • N'hésite pas à entrer dans la cours des multiples petits temples qui constituent la ville. Ce sont quasiment tous des guesthouses et il est possible de venir jeter un coup d'oeil aux boiseries ciselées des porches.

Dans les
oreilles

Yakusa Gakudan – Pom Poko ( original soundtrack ) – Mukashi o Ima ni Nasuyoshimo ga na

Kongōbu-ji

Entre le complexe de Daito Garan et le cimetière prend le temps de déguster un bon repas dans un des petits restos le long de la route cachés entre les boutiques de souvenirs.
Pour moi ce sera Katsudon : un régal ! Je regrette juste d'avoir été placée à la table des "étrangers" sur une table européenne plutôt que sur les tables basses plus courantes ici. 

Pensant me diriger vers un énième bâtiment grandiose ( soulève l'ironie, l’arythmie béate m'est devenue banale ), je tombe des nues à Okuno-In.

Le lieu est un cimetière fantastique niché dans la forêt, où sont enterrés de nombreux grands noms du Japon ( comme des chefs d'entreprise, des familles riches, des peintres, des prêtres... ). Les arbres se perdent vers le ciel et la mousse couvre d'or les tombeaux. Imitant les japonais, je me plie d’une demi prosternation et passe la rivière délimitant les terres consacrées. A partir d'ici les photos sont interdites. Je suis les gestes des habitués à chaque sanctuaire. Se purifier grâce au godet de la fontaine. Frotter l'encens dans le creux de ses paumes. Déposer une pièce sur la tranche et si elle tient, faire une prière. Toutes ces petites actions qui deviennent des rituels magiques.

J'entre dans le temple Tôrô-Dô ( le temple des lanternes ). Sans voix devant les murs de lanternes, les moines et les milliers de minuscules Bouddha noir ( au sous-sol, bien alignés sur leur étagères ) je me sens comme prise à la gorge. En Corée, les moines m'avaient parlé de la tristesse incompréhensible du détachement de ses vies antérieures lors de cérémonies de purification. J'y vois un lien. Il y a quelque chose de fort ici. 

Je ressors du bois sacré. Le soleil court sur les autels et l'on sent déjà la nuit faire frémir la forêt. Je me rentre doucement.

Porte Daimon, à l'entrée ouest de la ville

Dernière visite de temple et mausolée pour finir ma collecte de calligraphies sacrées (attention à ne rien écrire d'autre dedans, c'est un carnet de pèlerinage me prévient-on). Toper la navette et redescendre parmi les rizières en direction de Kyoto.

Mausolée de Tokugawa